J’utilise le médium photographique d'une manière que l'on pourrait qualifier d'expérimentale : chaque série d’image dans l'expérience correspond à la formalisation d'une construction mentale où je rassemble tous les paramètres et données qui m’intéressent pour révéler le sujet : des esquisses, la lecture, le repérage de lieux, de personnages ou d'objets. La sérialité est un percept* non-dissociable dans ma manière d’élabore un sujet, elle me permettre de crée un impact visuel par le nombre.
C’est par la sculpture, et donc par le travail sur les rapports entre espace, plan, volume, que je suis arrivée à la photographie comme moyen d’expression principal, toujours dans l’idée de l’œuvre comme une expérience d’alternance entre le dehors (le monde sensible), le dedans (le monde imaginaire) et le dehors (la mise en forme).
Ainsi l’outil photographique en lui-même m’intéresse-t-il dans la mesure où il constitue un médium entre le réel et l’imaginaire, et entre l’imaginaire et la perception du réel; il est déplacement et fragmentation d’une réflexion sur l’activité de l’observateur. Dans cette optique, la photographie a la capacité de manier la réflexion dans le sens où il y a une alternance entre le dedans et le dehors, et cela se fait par un cheminement intellectuel par l’analogie entre la pensée et la chose vue.
La frontalité de l’espace pictural dans la photographie permet une mise à plat des idées que lui suggèrent mes observations. La contrainte est alors de passer en deux dimensions. L’image est plus contraignante que la sculpture au sens où je travaille les sujets comme une matière extensible, appréhendée à travers ses caractéristiques de volume,de matière, de lumière, de texture, la ligne. Une fois condensée dans l’opacité de l’image, la forme tableau photographique prend une nouvelle dimension dans l’espace réel, celui du spectateur. Par exemple, en jouant sur la rupture d’échelle (les jouets d’enfants agrandis par l’image dans ma série « Paysages d’enfance »), la photographie permet d’évoquer pour l’observateur adulte l’idée du lointain et de la temporalité.
Le travail sur l’espace
Mon travail sur l’espace a commencé avec les vues sur les villes. Je l’ai approfondi avec mes séries sur les bibliothèques, débutées à Rome et poursuivies à Paris : c’est en quelque sorte un déplacement de mon intérêt pour l’architecture, celle-ci étant envisagée d’une manière plus métaphorique. J’ai choisi ces bibliothèques pour leurs caractéristiques que je souhaitais représentatives de l’origine de la bibliothèque institutionnelle du XIX :e siècle. Elles sont emblématiques de l’origine de cette institution propre à la modernité et pourtant encore ancrées dans des lieux reflets de l’histoire de la ville. Il y a d’abord la distorsion spatiale qui s’opère par le contraste entre la forme simple du lieu et la complexité de la stratification, le dépôt des livres. Mon regard s’oriente vers cette distorsion de l’espace et la perte d’échelle, et je me pose la question de la bibliothèque comme architecture mentale, un espace de classement, de répertoire, d’inventaire. Cela évoque le dédale du classement infini, un labyrinthe de l’accumulation du savoir. En tant que tel, c’est un lieu de rêve, de fantasmagorie et de songe. L’imaginaire s’y déploie sur des plans multiples.
Le travail autour du corps
Mais l’imaginaire peut se déployer d’autant mieux que l’image se concentre sur l’essentiel, qu’elle est « dépouillée ». Mes recherches sur le corps, ou les fragments du corps montrent ainsi que le passage du sujet par la prise de vue repose sur une construction imag(e)inaire qui permet de rendre l’invisible visible. Plus généralement, dans mon travail sur le corps, j’attend que le modèle s’échappe de lui-même et devient un motif pictural. Je suis intéressée par le corps lui-même, sa gravité, sa matière, sa temporalité. (Série Inflexion)
Le travail de l’objet dans sa dimension photographique
Avec la série una cosa mentale, j’ai tenté de faire une observation frontale, méthodique de l’objet Chaise. Cette fois si je ne fabrique pas un objet, comme j’ai pu faire dans ma préoccupation de sculpteur. Mais je l’observe et je l’écrase à la surface photographique. Il y a l’obscure quasi noir pour relève la forme de la chaise et il y le blanc l’éblouissement pour évoquer le dessin de l’objet. Ce rendu est voulu pour que la dimension mentale, puisse devenir une autre perception d’u objet dans la photographie.
La forme du nature mort, still life, stilleben
La nature morte et par elle-même une forme de représentation du secret, La série Atlas : Imago Mundi est un travail qui tente de crée une nouvelle lecture a travers une regarde sur la nourriture ritualiser.
Les aliments qui composent cet atlas entrent dans les rites culinaires des trois monothéismes, qui attribuent à chacun d’eux une forte charge symbolique et le pouvoir de relier l’homme au monde spirituel. Les différentes substances chair, végétal, céréale et liquide – en constituent la grille de lecture, en même temps qu’elles composent, pour l’homme qui les reconnaît et les assemble mentalement, une représentation du monde au centre de laquelle il retrouve son « imago mundi ».
Persept* Une formulation de Gilles Deleuze qui se distingue de concept. Elle parle d’avantage de la perception de quelque chose et donc plus adéquate pour l’activité de l’artiste, que le concept qui et un travail de philosophe.